Nicolas LATY

Apotropaïque, totem, fétiche, chassé ou domestiqué, divinisé, vénéré ou craint, l'animal, c'est une évidence, à toujours eu une place privilégiée au côté de l'homme en tant qu'il est l'une des conditions sine qua non de sa survie de son existence et de son évolution. Depuis les premières peintures ou gravures rupestres jusqu'à aujourd'hui, l'animal a fait l'objet de toutes les métamorphoses, selon les cultures, les époques, les courants, les écoles, les styles, les conventions de représentation, classiques ou avant-garde. Présent dans toutes les phases évolutives des croyances, de la pensée et de l'art, des arts, dans les grandes mythologies fondatrices, les religions, les rites, les cultes, les fables, les contes. L'animal interroge notre humanité.
Ce lien étroit entre l'homme et l'animal est perceptible, implicitement ou explicitement au travers de l'œuvre de Nicolas Laty, jeune artiste biotois qui donne vie dans le verre à de charmantes figures zoo-anthropomorphes investies d'une expressivité remarquable qui les rapprochent de l'humain. En l'occurrence, ses animaux sympathiques et empathiques ont une âme, une anima, laquelle transparait exclusivement par l'intermédiaire de leurs postures, de leurs rictus et de leurs yeux. C'est ainsi que l'artiste, avec ce bestiaire d'un naturalisme volontairement naïf nous introduit dans son imaginaire. C'est ainsi qu'il fait surgir chez le spectateur presque malgré lui, le souvenir des rapports qu'il a entretenu avec ses animaux préférés et, inconsciemment, la mémoire de la dualité homme animal enfouie en lui. émergent aussi, chez les connaisseurs, toutes les réalisations animalières en verre depuis son invention. Mais s'il existe une tradition animalière dans l'art, dans les arts décoratifs et plus précisément dans l'art du verre, persistante encore aujourd'hui chez certains artistes, Laty s'en distingue par un style et une facture qui lui sont propre. La nature que dépeint Nicolas Laty est exempte de toute hostilité. Bestiaux sans bestialité, ses lapins, lézards, dragons, scottish, serpents, mille pattes, escargots, canards, oiseaux, grenouilles, crabes, pieuvres, requins, flamands roses, traduisent pour l'instant, au delà de toute signification allégorique, mythologique ou analytique, nous dit l'artiste, son état d'esprit, un univers enfantin influencé stylistiquement par la bande dessinée, le dessin animé, l'observation quotidienne mais aussi des trouvailles issues de la pratique et de l'expérimentation, un univers duquel l'humour n'est pas absent et qui pourrait, pourquoi pas, s';apparenter à une Figuration libre appliquée au verre.

Nicolas Laty, qui se sait tributaire de la technique, enseignée préalablement par un maître en la matière, Jean Claude Novaro, son "père spirituel" et ami confie-t-il , la perfectionne désormais sans cesse et seul, pour qu'elle lui apporte de plus amples possibilités. Il tend actuellement vers la monumentalité, associe des matériaux hétérogènes et élabore de nouveaux concepts, telle l'introduction du principe de l'installation. Dépassé l'aspect ludique de son travail, qui domine au premier abord, il faut observer comment les potentialités du matériau sont utilisées : les pièces sont soufflées puis travaillées au chalumeau, enrichies d'effets chromatiques harmonieux et d'inclusions variées. On y observe transparences, translucidités, opacités, jeux de textures intercalées ou sur les surfaces polies ou dépolies. On sent conjointement la souplesse du geste et la ductilité du matériau, tant de moyens qui servent la qualité de ce microcosme animalier.
Après quelques années seulement de pratique dans ce domaine, le jeune
artiste qui n'a pas froid aux yeux, curieux, spontané, instinctif, intelligent, sensible, auteur d'une création singulière, déjà sélectionné pour Venezia Vetro 2002, évoluant dans un art contemporain protéiforme et multimédia proposant des univers de plus en plus complexes, formellement, plastiquement, matériellement et conceptuellement, devrait continuer à nous étonner suite à cette première exposition personnelle d'envergure.

Manuel Fadat.